Le sport de haut niveau et la douleur invisible
Sur la piste, à six heures du matin, Louise a appris très tôt à distinguer la douleur qui muscle de celle qui alerte. Elle raconte comment l'endométriose l'a obligée à réapprendre à écouter son corps, dans un milieu sportif qui valorise justement le silence sur la souffrance.
Comment distingue-t-on la douleur qui muscle de celle qui alerte ? Sur la piste, à six heures du matin, cette question ne se posait même pas pour moi : j'avais appris très tôt à serrer les dents et à avancer. Le sifflet de mon entraîneur venait de retentir pour le début de la série, et déjà se dessinait, le long de mon bassin, cette crampe familière qu'aucun étirement ne parvenait vraiment à calmer. Dans le sport de haut niveau, la douleur est presque un langage commun, qu'on recherche, qu'on maîtrise, dont on fait un outil de dépassement. Le problème, c'est que je n'avais jamais appris à reconnaître celle qui, elle, ne construisait rien du tout. Grandir dans une discipline où la douleur fait partie du métier m'a façonné des réflexes profonds. Quand mon ventre a commencé à envoyer des signaux de plus en plus violents, je les ai d'abord interprétés comme n'importe quelle autre gêne musculaire : pousser à travers, ne rien montrer, continuer l'entraînement coûte que coûte. Pendant des années, mon abnégation sportive et mon déni médical se sont confondus, sans qu'aucune alarme intérieure ne se déclenche vraiment. Le vestiaire, l'encadrement, tout un univers construit autour de repères majoritairement masculins, ne m'aidait pas à nommer les choses. Parler de règles douloureuses dans ce contexte relevait presque du tabou absolu. La première fois qu'il m'a fallu expliquer à mon entraîneur pourquoi mon rythme habituel n'était pas tenable un certain jour du mois, j'ai choisi mes mots avec un soin presque chirurgical, dans la terreur d'être jugée moins fiable, moins performante, moins digne de ma place dans l'équipe. Le sport de haut niveau laisse peu de place à la vulnérabilité, encore moins à celle qu'on associe, à tort, à la fragilité féminine. Mon diagnostic, une fois posé, a produit un choc étrange : un immense soulagement de mettre enfin un mot sur cette douleur qu'il me semblait simplem